Publié par : oliviertredan | 16 avril 2013

Patrimoine et transparence : la pédagogie s’impose

L’exécutif a décidé, non sans une certaine précipitation, de jouer la carte de la transparence dans le patrimoine des 37 membres du Gouvernement. Mais l’empressement dans cette politique de transparence ne va pas sans poser problème sur l’utilisation de ces données, sur le risque d’une exposition brute sans explication.

Le premier problème est celui de l’idéal de la transparence. Du point de vue de l’idée, la transparence s’oppose à l’absence d’information. Elle serait source de dysfonctionnements et de chaos. Aussi, idéalement, informer serait de nature à instruire et responsabiliser. En donnant accès aux informations sur le patrimoine des personnalités politiques de premier rang en exercice, on pourrait croire à une « moralisation » des pratiques. Ceci étant, des comptes cachés resteront toujours cachés… Et surtout, informer, c’est expliquer.

Car un deuxième problème en découle. Quelle sera l’utilisation de ces informations? Par qui? C’est ici que l’on peut craindre une certaine dérive populiste dans l’utilisation de ces données chiffrées. Elles pourraient bien être utilisées dans un argumentaire simpliste reposant sur l’opposition nantis/peuple ou le vieil argumentaire poujadiste anti-parlementaire, anti-élististe.

L’espoir implicite est que de « bons » intermédiaires pourront se saisir de ces informations afin de faire preuve de pédagogie. Car la tentation de la méthode des hit-parade (celle utilisée pour classer les lycées, les hôpitaux) sera forte pour présenter le ministre avec le plus gros patrimoine. Ce travail de pédagogie est attendu de la part des journalistes ou des observatoires citoyens, comme Regards Citoyens.

Ces derniers ont pris le problème à bras-le-corps et ont fait une série de propositions sur :

  • la transparence sur les votes des parlementaires en publiant le détail des votes individuels et des délégations dans chaque assemblée ;
  • l’instauration de pouvoirs d’investigation financière systématique et de sanction à la future Haute Autorité de la Transparence (HAT) pour contrôler le pantouflage et toutes les déclarations de patrimoines et d’intérêts ;
  • l’encadrement financier de la vie politique,
  • l’encadrement des conflits d’intérêts et du lobbying.

Pour le moment, il faut espérer que journalistes et observateurs vont s’atteler à mettre en perspective ces chiffres. A l’instar du patrimoine de Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie. Elle rappelle que

son patrimoine est le fruit de deux carrières professionnelles longues (cancérologue et chef de clinique, son époux haut fonctionnaire), de bon niveau, et des héritages issus de nos quatre parents. Il s’agit donc du bilan de deux vies.

De quels éléments de comparaison disposons-nous pour comprendre, évaluer son patrimoine? Sa situation est-elle comparable aux autres chefs de cliniques? C’est la toute la difficulté de l’exercice de transparence. Elle n’est possible que si une totale transparence est effective et que chacun mette à disposition les informations sur son patrimoine pour faire des comparaisons. Dans le cas inverse, la démarche de transparence se limitera à montrer sans expliquer, et ainsi alimenter les argumentaires les plus nauséabonds.

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