Publié par : bouriot | 17 août 2009

Le Radicalisme: d’hier à aujourd’hui, une pensée d’avance !Michel Crépeau, précurseur de l’écologie politique

Dans cette série, qui nous permettra de passer en revue la plupart des grands hommes politiques radicaux, nous pourrons découvrir que bien des débats d’aujourd’hui où souvent l’on s’englue, ne sont pas nouveaux. Très souvent, les Radicaux ont proposé des solutions qui emportent désormais l’intérêt voire l’adhésion du plan grand nombre.
La pensée radicale a conservé de ses origines le qualificatif « radical », hélas dénaturé en France mais qui garde son sens fort chez la plupart de nos voisins européens. Elle est en effet par essence révolutionnaire et innovante car elle se fonde sur une analyse critique et objective de la situation sociale, économique ou scientifique et non sur une vérité officielle ou conformiste, imposée par les rapports de force partisans du moment.

A l’inverse du « socialisme », dont nul ne sait précisément aujourd’hui ce qu’il recouvre, le radicalisme est d’abord et avant tout une philosophie, celle de l’Humanisme. C’est sur cet humanisme que se fondent les principes de la pensée et de l’action radicale : liberté d’esprit donc laïcité, volonté de pratique et non de seule contestation, caractère évolutif et souple qui puisse prendre en compte l’évolution de la société humaine mais aussi constance dans la hiérarchisation des valeurs. La notion d’équilibre est également essentielle chez nous car une société est nécessairement plurielle si elle doit être harmonieuse.

Les politiques radicaux que nous étudierons sont des penseurs, élus, parlementaires auteurs de lois importantes voire fondatrices s’inscrivant dans une perspective équilibrée et raisonnable d’évolution de la société. Ils sont bien loin des porte-étendards de telle ou telle cause cherchant avant tout à faire avancer un débat particulier de façon exclusive et parfois caricaturale.

Si nous avons choisi Michel Crépeau pour inaugurer cette série, c’est qu’il est exemplaire à beaucoup d’égards. Décédé le 30 mars 1999 en plein débat à l’Assemblée Nationale, Michel incarnait dans sa vie politique et même peut-on dire dans sa vie en général, le comportement radical. Aujourd’hui encore son image, identifiée souvent à celle de « sa » ville de La Rochelle, reste prégnante. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu’il a su, bien avant d’autres qui en ont fait depuis leur cheval de bataille, initier mais aussi faire avancer par la pratique du pouvoir local, les grands principes du développement durable, de la protection de l’environnement, de la promotion des énergies renouvelables et enfin de la nécessité d’une action qui soit internationale si elle veut être efficace.

Bonne lecture à tous

Michel CREPEAU fut maire de La Rochelle de 1971 à 1999, député (radical de gauche apparenté socialiste) de la Charente-Maritime de 1973 à sa mort et ministre de l’Environnement de 1981 à 1983. Michel fut également président du MRG (Mouvement des Radicaux de Gauche) de 1978 à 1981.
Tout en lançant très tôt (1971 !) une action qu’on qualifierait aujourd’hui, d’une façon parfois un peu méprisante, d’environnementaliste, il a très rapidement élargi le débat, aussi bien sur le fond que géographiquement.

Il s’est inévitablement heurté très rapidement aux lobbies de l’Etat, des constructeurs automobiles français (qui jusque voici deux ou trois ans ont tout fait, avec la complicité de Bercy, pour que l’automobile électrique ne se diffuse pas avant de retourner leur veste) ou de certains milieux maritimes qui, jusqu’à peu, ont obtenu au nom du sacro-saint principe de la liberté des mers que la France reste à la traîne en matière de diffusion de la préoccupation écologique.

Qu’aujourd’hui certains politiques gesticulent pour rattraper, en termes de communication, le temps qu’ils ont fait perdre à l’époque ne trompe plus personne. Quant à ceux qui s’estiment dépositaires exclusifs des idées écologiques, nous démontrons ici que leur prétention est, pour le moins, excessive.

Mais laissons les initiatives de Michel parler d’elles-mêmes

Dans son livre intitulé « L’Avenir en face » daté de 1980.
Michel Crépeau entreprend de défendre une approche environnementale de la politique à travers des propositions réellement novatrices, qu’il tentera de mettre en œuvre au cours de son mandat de député.

Pour lui, l’énergie relève d’un choix de société et doit être déclarée (nous ne sommes alors qu’en 1980)  » grande cause nationale « . Son approche innovante de la politique énergétique se base sur 3 principes que l’on retrouve par exemple dans le Grenelle de l’environnement.

1) Une politique d’économie de l’énergie :

– Utiliser des transports publics électriques non polluants
– Réduire l’éclairage public (ce que l’on appelle aujourd’hui la pollution lumineuse)
– Encourager les initiatives locales (car Michel Crépeau en ses qualités d’élu local avait compris très tôt que l’efficacité des politiques d’économie d’énergie se gérait au plus près des gens)

2) Une diversification des ressources :

– Axer la recherche sur le développement d’énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et géothermique, ce qui permettrait de créer des emplois et d’exporter des techniques à l’étranger.

– Se servir des déchets naturels et de la nature elle-même (forêt) comme carburant pour chauffer le milieu rural (ce que l’on appelle aujourd’hui respectivement du compost et de la biomasse).

3) Un contrôle de l’énergie nucléaire :

– Décréter un moratoire sur les nouvelles constructions de centrales nucléaires tant qu’une solution à l’élimination des déchets radioactifs n’était pas trouvée.
– Informer et consulter plus largement les citoyens pour tout projet relatif au nucléaire.

Si ces propositions nous paraissent aujourd’hui évidentes, penser la politique à travers des mesures écologiques et environnementales dans les années 70/80 relevait presque de l’hérésie ou du fantasme.
Michel Crépeau était donc un précurseur en matière d’environnement mais il était aussi un visionnaire en matière « d’aménagement durable » et ces quelques phrases nous le prouvent une fois de plus :

Parlant de l’aménagement du territoire il disait :  » Les urbanistes de l’an 2000 vont devoir songer à des cités reconstruites sur la base d’unités de quartiers au sein desquelles on puisse se déplacer à pied en cinq ou dix minutes et où l’on trouvera regroupées les différentes activités nécessaires à la vie.  »

Or cette vision de l’aménagement est précisément celle à laquelle sont parvenue les urbanistes et les politiques, aujourd’hui confrontés au problème de l’étalement urbain et de celui des déplacements massifs et quotidiens des travailleurs, sources de destruction de zones naturelles et de pollution.

Au cours de son mandat de député de Charente-Maritime :
En tant qu’homme de conviction, Michel Crépeau aura su provoquer le débat et faire évoluer la législation relative à la protection de l’environnement.
Dès 1973 il critique déjà le manque de volonté politique, l’insuffisance de l’effort financier ou encore l’absence de définition d’une véritable politique énergétique qui caractérisent alors la classe politique française.

Cette même année, il propose que toute nouvelle installation de traitement des ordures ménagères s’accompagne soit de la récupération des matières réutilisables, soit de la création de compost végétal. Cette proposition ne sera pas retenue et il faudra attendre la fin des années 90 pour voir ces mesures codifiées.

Il proposera également en 1998 l’application d’un taux réduit de la TVA aux opérations portant sur des véhicules fonctionnant au moyen de la seule énergie électrique.

Dans le cadre de ses responsabilités de ministre de l’écologie de 1981 à 1984 :
Dès son arrivée au gouvernement de Pierre Mauroy, Michel Crépeau réclame une augmentation des crédits de son ministère afin de mener une politique environnementale forte et ambitieuse.

Il contribue en 1982 au vote de la France pour la Charte mondiale de la nature à l’Assemblée générale des Nations-Unies, texte ambitieux qui préfigure les sommets de la Terre de 1992 et 2002.

Il est aussi à l’origine des lois « Littoral » et « Montagne » visant à préserver ces espaces désormais considérés comme menacés.

Tout au long de son activité de maire de La Rochelle.
Michel Crépeau a, là encore, été pionnier en matière d’environnement et ses réalisations ont souvent servi d’exemple pour d’autres grandes villes en France.

Voici quelques exemples de ces réalisations:

• 1973 Mise en place d’un système de recyclage des déchets

• 1975 Déclaration du Centre Ville « secteur sauvegardé » et mise en place du premier secteur piétonnier en France

• 1976 Lancement d’un libre service de 400 « vélos jaunes » municipaux, toujours utilisés aujourd’hui

• 1981 Contrat avec le Ministère de l’Environnement pour la lutte contre le bruit

• 1986 Première utilisation au quotidien des véhicules électriques, généralisée depuis à La Rochelle (250 véhicules aujourd’hui).

• 1989 Développement d’actions pédagogiques et éducatives en relais-nature et création d’un Service Environnement.

• 1995 Mise en place de la location de voitures électriques au public et création d’une deuxième Réserve Naturelle (20 Ha de zones humides)

• 1997 Lancement à La Rochelle de première journée sans voitures (initiative reprise en 1998 par le ministère de l’Environnement). En 2007, c’est la seule ville à poursuivre cette initiative.

– Lancement d’un bac électrique et solaire pour le service du port
– Ratification de la Charte pour l’Environnement de l’Agglomération rochelaise

Comme on le voit, Michel CREPEAU, esprit radical par excellence, fut un précurseur de l’écologie politique de l’après-guerre. Mais on rencontre aussi chez lui, conformément à notre philosophie, deux préoccupations. L’une, qui est d’intégrer ses idées à l’action quotidienne globale et non d’en faire une « spécialité » gommant toute autre préoccupation.

C’est ainsi qu’il batailla pour désenclaver l’Ile de Ré au travers du fameux pont et cela n’a pas forcément aidé sa popularité politique. L’ile de Ré est probablement moins sauvage aujourd’hui et c’est dommage pour les touristes. Mais que serait devenue l’économie rhétaise sans ce pont, c’est aussi une question que l’on peut se poser.

La seconde, c’est de porter l’action de progrès au niveau le plus pertinent : local, régional, national ou international. Ayant été maire, député mais aussi chef de formation politique, cela lui était plus facile. Mais combien de dirigeants aujourd’hui arrivent à trouver cet équilibre entre travail régional, combat national et vision internationale équilibrée ?

Sachons en tous cas nous inspirer de son exemple. La Région est un niveau pertinent pour travailler au mieux des problématiques qui intéressent ses citoyens : logement, écologie et transports, emploi, formation et bien d’autres encore.

Dans les équipes qui animent et animeront nos Régions pour une nouvelle mandature, les Radicaux sauront apporter une vision digne de Michel : esprit critique mais positif, novateur, fidèle aussi et avant tout à l’idéal humaniste et social qui doit rester le fil conducteur du radicalisme du XXIème siècle.

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