L’examen de la proposition de loi sur l’extension du travail dominical, devait reprendre le 15 janvier 2009. Début janvier, nous apprenions à l’Assemblée nationale que cette discussion était reportée sine die.
Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, invoquant un problème de calendrier parlementaire a démenti tout recul du gouvernement sur ce sujet. Ce qui est certain, c’est que ce projet de loi divise fortement au sein de la majorité parlementaire. J’en veux pour preuve le vibrant désaccord exprimé par Marc Le Fur (député UMP des Côtes d’Armor) sur ce sujet.
Jean-François Copé (Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale) reconnaissait que ce texte avait du mal à passer dans les circonscriptions et notamment en province. Pour cette réforme voulue par Nicolas Sarkozy, l’UMP a donc besoin de temps pour effacer les désaccords exprimés par ses parlementaires.
Qu’en-est-il de cette réforme ?
Nous évoluons dans un contexte où le développement économique est basé sur la consommation et en particulier sur la consommation des ménages. D’ou, sans doute, l’idée d’ouvrir les commerces et notamment les centres commerciaux le dimanche pour soutenir ce développement économique.
La consommation des ménages est directement liée à leur pouvoir d’achat. Or, on sait bien que d’une manière générale, ce dernier n’est pas extensible, mais qui plus est dans le contexte actuel, est durablement mis à mal. Alors que depuis plusieurs mois les français ressentent une baisse significative de leur pouvoir d’achat, comment peut-on imaginer que l’ouverture des commerces le dimanche puisse entrainer une augmentation de la consommation ?
Certes, dans les zones où l’ouverture le dimanche est possible, cette journée d’activité représente jusqu’à 30% du chiffre d’affaires. Mais qu’on ne s’y trompe pas, la fermeture dominicale des enseignes n’engendrerait pas une diminution du chiffre d’affaires des commerçants. Tous ceux qui connaissent ce dossier savent que les clients anticipent les jours de fermeture.
Etendre le travail le dimanche est par contre extrêmement déstructurant au niveau familial et social.
L’environnement familial est déjà mis à rude épreuve par d’autres considérations comme le travail de nuit, le divorce ou la recomposition du foyer. Si on ne laisse pas une journée par semaine pour que tous les membres d’une même famille puissent se retrouver, on peut être très inquiet pour les mois et années à venir. Les jeunes ont aujourd’hui beaucoup de mal à trouver leur place dans notre société, si on leur retire le peu de repères qui restent, c’est à dire l’échange avec les membres de leur famille, alors on peut à juste titre, craindre un accroissement des problèmes sociaux.
Sur un autre plan, est-ce réellement équitable de demander à une partie des français de sacrifier leurs dimanches pour que l’autre partie puisse occuper leurs après-midis “dominicales” dans les allées des grandes surfaces ? Les français sont-ils désœuvrés au point de ne pas savoir occuper leur temps libre autrement qu’en poussant un caddie ?
Nicolas Sarkozy a indiqué qu’il voulait que les salariés souhaitant travailler le dimanche “puissent le faire sur la base du volontariat”. C’est quand même se moquer des salariés que de parler de volontariat sur ce dossier. Comment un employé ne pourrait-il pas être volontaire dans une conjoncture où plus de 2 millions de personnes sont à la recherche d’un emploi ! Dans ces conditions le salarié a-t-il vraiment le choix de travailler ou non le dimanche ?
Autre argument avancé par l’UMP sur ce dossier : la création d’emplois. Si de nombreux chômeurs sont prêts à travailler le dimanche pour tenter de sortir d’une situation très difficile, il est peu probable que cette modification de la réglementation du travail crée un seul emploi. En effet, l’augmentation de la consommation ne peut se faire que par une augmentation des revenus des ménages, ce qui n’est malheureusement pas à l’ordre du jour.
A l’heure du Grenelle de l’Environnement, qu’en est-il de l’impact écologique de cette proposition de loi ? L’ouverture des enseignes un jour supplémentaire entraîne automatiquement une augmentation de la consommation électrique et de l’émission de CO².
Alors oui, à qui profite l’ouverture des enseignes le dimanche ?
Jean-Yves Le Saout
Trélévern

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