Tout le monde connaît le vieil adage « aide-toi et le ciel t’aidera ». A lui seul, il résume la pensée néo-libérale. Dis autrement, « aide-toi et l’Etat t’aidera ». Le travail politique des néo-libéraux, au sens de prises de décisions publiques, donne alors l’impression d’un travail de sape. Travail de sape qu’on nous qualifie de progressiste, dans un monde qui bouge. Il faut bouger avec, accepter d’être moins solidaire pour mieux s’en sortir individuellement. Dis encore autrement « tu n’es pas né avec une cuillère en argent dans la bouche? Tu n’as pas de moyens de pression? Tant pis pour toi. »
La question du déremboursement des médicaments est un bon exemple. Au nom d’un argument simple mais fallacieux : les caisses sont vides. Alors qu’on trouve en même temps, les moyens de larges cadeaux fiscaux au moins nécessiteux. Soit.
Dérembourser des médicaments dont l’efficacité est douteuse est une chose. Mais remettre en cause le soutien aux malades de longues durées est une autre. C’est ni plus ni moins la destruction du principe de solidarité nationale, mission dévolue à l’Etat. Détricottage, c’est le mot sans doute le plus juste pour qualifier l’action actuelle du Gouvernement. Elle semble être mue par un empressement à défaire les acquis de temps plus glorieux. « Vous êtes gravement malades?, paraît nous dire le directement de la CNAM, ce n’est quand même pas de notre faute. Vous avez fumé? Vous avez mal mangé? Vous ne vous êtes pas sexuellement protégés? Maintenant il faut assumer ! »
Comme il est plus facile de défaire que de faire, il arrive que tout le monde soit pris de vitesse. La proposition du directeur de la CNAM aussitôt retirée par le gouvernement n’a pas suscité que des tollés pour le principe de la mesure. Elle a aussi été critiquée par ceux qui sont censés se frotter les mains. Pourquoi? Parce que pris de cours. Parce qu’il faut préparer l’opinion à l’inévitable : elle « se traduira in fine par une dépense supplémentaire pour les ménages ». Pour preuve, « l’Unocam demandait au gouvernement de différer toute décision en la matière. » Retrait? Non, différé.
La pensée néo-libérale dans tout cela? Elle repose sur la valorisation de la réussite individuelle au détriment de ceux qui sont coincés sur le bord de la route. « Aide-toi, et puis après on verra ».